Toussaint - La mort, une longue et vieille histoire

« Heureux êtes-vous... | Accueil | Souffrons-nous au Purgatoire ? »

La mort, une longue et vieille histoire

La vision chrétienne de l’au-delà a beaucoup changé tout au long de l’histoire. Jacques Chiffoleau, directeur d’études en histoire médiévale à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et spécialiste des représentations de la mort, explique les raisons de cette évolution.

Jean-Luc Pouthier : La vision chrétienne de l’au-delà s’est développée dans des sociétés juves, grecques et romaines, qui avaient leurs propres représentations du séjour des morts. Comment s’est-elle imposée ?

Jacques Chiffoleau : La nouveauté absolue du christianismes , c’est l’annonce de la résurrection des corps, à la fin des Temps. Dans l’Eglise primitive, l’essentiel, c’est l’attente et la proximité de ces derniers jours. Ce qui survient tout de suite après la mort n’est pas très important et ne fait pas l’objet de spéculation théologiques particulières, par exemple chez saint Augustin. La destination immédiate des morts est assez floue, comme elle l’était d’ailleurs dans les enfers des Grecs et des Romains, ou dans le Schéol des Hébreux.
Pour saint Augustin, ce qui compte le plus n’est pas de rejoindre ses ancêtres dans la tombe ou dans l’au-delà, mais bien Dieu lors de la résurrection générale. D’où l’absence d’intérêt pour les rituels et les pratiques funéraires.

Pourtant, de telles pratiques existaient …

C’est bien le paradoxe. En dépit de cet apparent mépris, le culte des morts s’est développé, laissant supposer qu’il existait une vie après la mort. L’étude de certaines pratiques, par exemple l’enterrement auprès du corps des saints, permet de penser que l’on croyait en l’efficacité de ce corps du saint pour être protégé au moment du passage dans l’au-delà et pour se trouver ainsi plus proche de Dieu.
A l’époque du Haut Moyen Age (VII-VIIIe siècles après Jésus-Christ), cette attitude religieuse rencontre des croyances populaires selon lesquelles les morts restent, pendant au moins un certain temps, tout près des vivants. Les morts viennent déranger les vivants parce qu’ils ne sont pas bien, parce qu’ils ne rejoignent pas tout de suite Dieu. Des échanges ont lieu constamment entre les vivants et ces revenants. L’idée se développe alors que la Communion des saints peut aider les morts à gagner la paix et la vision directe de Dieu. Au fond, trois sortes d’au-delà se distinguent :
- un au-delà proche, où les morts sont encore pendant un certain temps près des vivants, tout près même.
- un au-delà plus lointain, positif : c’est celui où la contemplation directe de Dieu est possible lorsque l’on est purgé de ses fautes. Avant la résurrection des corps au dernier jour, seule l’âme peut contempler Dieu. Après, la contemplation est le fait de l’âme et du corps, dans leur plénitude.
- un au-delà lointain, négatif : c’est celui du « dam », de la privation de la vue de Dieu, qui donnera le mot damnation. Les lieux infernaux sont plutôt imaginés à partir des récits de voyage au pays des morts, en songe, qui se répandent alors et où les descriptions des peines sont toujours très pittoresques. Le folklore joue aussi un rôle important en la matière. Les descriptions des voyages au pays des morts se transforment en description de l’enfer chrétien. Et les théologiens systématisent tout cela.

Et le purgatoire ?

Comme lieu et comme temps de l’au-delà, il apparaît plus tard, à la fin du XIIe siècle. Avant, il existe bien l’idée que l’on doit se purger avant d’arriver à Dieu, mais cela ne va guère plus loin. Tout l’art des moines, à Cluny par exemple - où l’on invente la fête des défunts, le 2 novembre - est de se proposer comme des médiateurs par la prière entre les vivants et les morts. Ce faisant, les clercs et les prêtres, désormais intermédiaires obligatoires entre ici-bas et au-delà, s’interposent entre les deux mondes. D’une certaine façon, le purgatoire, qui est de plus en plus présent dans la pastorale à partir du XIIIe siècle, c’est l’espoir, comme l’a bien montré Jacques Le Goff. Mais c’est aussi un temps et un lieu intermédiaires qui éloignent un peu plus les hommes des deux au-delà plus lointains que sont l’enfer et le paradis. A moment où le purgatoire joue un rôle de plus en plus important, apparaît aussi, comme l’a montré le père de Lubac, le mot « surnaturel », qui indique bien une séparation plu forte entre les deux mondes. L’au-delà est désormais presque entièrement du côté du surnaturel, alors qu’il était auparavant dans la proximité même du monde : il y avait des bouches d’enfer et des revenants, des démons et des saints, dont on touchait les reliques et qui intervenaient sans cesse dans la vie quotidienne.
Il existait pourtant des moyens d’abréger, de « négocier » son séjour dans l’au-delà ?

Entre le XIVe et le XVIIe siècles, la multiplication des messes pour les morts, ou l’achat des indulgences, sont certes des moyens d’abréger le temps de passage au purgatoire, mais ce sont aussi les signes d’un éloignement du paradis et de l’enfer.
Les réactions des réformés, comme Luther et Calvin, pour qui seule la foi sauve, sont une façon de refuser cet éloignement, mais en définitive ils manifestent tout autant, et peut-être même plus, la coupure entre ici-bas et au-delà. En ce sens, le monde se désenchante un peu. L’au-delà est situé ailleurs, au moment même où s’observe une certaine laïcisation de la société. Cela n’empêche pas Luther de jeter un encrier à la tête du diable et les luthériens, comme les catholiques , de faire la chasse aux sorcières, ce qui montre bien qu’il est encore difficile d’imaginer que l’on ne puisse plus avoir de contacts avec le monde des morts, avec les anges et les démons, avec l’au-delà.
Du point de vue de l’Eglise, ce qui est fixé au XIIIe siècle évolue peu. L’analyse des pratiques dans la longue durée montre que, plus on prie pour les morts, plus on pense pouvoir intervenir sur l’au-delà, plus on souligne la séparation entre ces deux mondes des vivants et des morts.

Propos recueillis par Jean-Luc Pouthier

Commentaires

Je pense que mon commentaire de l'antrée précédente à plus a place ici. Je me permets de l'y reproduire, les modérateurs supprimeront l'autre....

-----------

Sur mon site personnel, je m'apprete à publier le texte suivant. L'avis de gens de confession catholique m'intéresse...
--------


Je crois en la vie éternelle

Certains de mes lecteurs vont sans doute penser que j'ai viré ma cuti et que je viens de me convertir à la sainte église catholique, puisque cette phrase fait partie de ses affirmations.

En réalité, lorsque les chrétiens disent cela, c'est qu'ils croient à une vie après la mort, évidemment plus belle, plus attirante, plus "nirvanesque" que la vie estimée miteuse ici-bas. Chacun a le droit de penser que demain on rasera gratis dans le paradis.

Personnellement je préfère penser que dans notre univers la vie vient du fond des âges, qu'elle m'est présente actuellement et qu'elle sera encore bien longtemps après moi. Je suis mortel, définitivement mortel et je n'ai pas encore suffisamment l'orgueil de penser que je me survivrais d'une quelconque manière après ma mort. En revanche, le phénomène de la Vie - dans lequel j'aurais eu ma part - continuera inexorablement. Que je confesse de quelconques croyances religieuses ou non, celles-ci demeureront culturelles. Les religions naissent, vivent, et meurent. La vie demeure toujours.

La vie est apparue dans l'univers, sûrement par un matin de printemps ! Les savants cherchent encore à savoir quand et où, mais cela est-il vraiment de l'importance... La conviction que j'ai et que, maintenant qu'elle est là, elle ne disparaîtra pas. L'homme peut bousiller la planète et balancer ses bombes atomiques un jour de folie. La race humaine n'en survivra peut-être pas, mais la Vie reprendra ses droits quoi qu'il arrive un jour ou l'autre.

Les religions qui parlent de fin des temps et de cataclysme final, n'inventent cela que pour foutre la trouille à ceux qui en ont besoin, pour faire marcher leur fonds de commerce "en vendant" une soi-disant vie éternelle ailleurs. J'y ai cru en son temps, je n'y crois plus, il m'étonnerait que je change désormais d'avis à mon âge avancé. Mais nous verrons bien ! Peut-être que sur mon lit de mort, manquant de courage pour accepter ma finitude irréversible, je me tournerai vers un quelconque Dieu (le premier qui passera fera l'affaire alors) pour le supplier de me prendre dans ses grands bras musclés.

Je ne sais pourquoi, mais cette idée de ma finitude, de ma disparition dans le néant, me bouste beaucoup plus à exister dans ma réalité d'aujourd'hui, sans attendre un ailleurs qui n'existe pas. C'est quand même tonique de savoir qu'il n'y aura pas de cession de rattrapage, ni de réincarnation pour tenter de revenir faire mieux, ni quelque autre fadaise de ce genre. J'ai le sentiment que l'homme est plus noble lorsqu'il se libère des obscurantismes religieux qui continuent cependant à reprendre du poil de la bête.
Et puis, c'est sans doute idiot, je préfère savoir que ma compagne aura une unique vie, plutôt que d'imaginer qu'elle a eu des vies antérieures frivoles dans d'autres bras et dans de nombreux lits !! Et qu'elle recommencera après moi avec d'autres !!! Je suis un possessif ! Franchement, ce truc me plaît pas trop ! Cela a dû être inventé par des célibataires ou des noceurs invétérés !! Quant à moi, recommencer en réincarné tout ce processus de maturation affective avec son lot de souffrances et de blessures ; et ceci de réincarnation en réincarnation... Non merci !!


Même si je fais l'hypothèse qu'un Dieu existe, dans une sorte d'ailleurs auquel personne n'accède, si ce n'est par son imaginaire, je ne crois pas qu'après ma mort j'irai le rejoindre, et pour tout dire je ne suis pas certain d'avoir ce désir-là. (Ni lui d'ailleurs probablement...). On compare parfois Dieu à un jardinier (dans la tradition catholique notamment). Alors il faut considérer qu'il se comporte en jardinier. Celui-ci cultive ses rosiers. Les roses que nous sommes apparaissent, s'épanouissent et meurent définitivement. Le jardinier les rejette à la terre. En revanche il prend soin du rosier qui refleurit sans cesse, du terreau nourricier... et nous ne sommes pas cette terre ! (mais "tirés d'elle" dit assez joliment la bible)
L'important est de bien vivre sa saison en tant que rose...

C'est cette sorte d'éternité de la vie qui va continuer sur cette bonne vielle planète - et pas ailleurs - qui donne de sens à mon existence, qui me responsabilise dans la part que j'ai à y prendre. Ce qui m'agace profondément dans les religions monothéistes que je connais, c'est que la vie sur Terre est généralement présentée comme une sorte de "passage obligé" entre le néant qui nous précédait (la théologie la plus classique dit que les âmes sont tirées du néant) et le paradis dans les cieux où l'on est attendu pour contempler éternellement la face de Dieu. (Et ce n'est même pas sûr qu'il y aura des biscuits-apéritifs à grignoter...). Et puis, franchement, ce Dieu qui veut que l'on ne regarde que lui : quel ego surdimensionné ! Désolé ! Mais c'est pas ça qui me donne des frissons d'existence !

Je pensais à tout cela à cause du temps du culte des morts en France catholique. Au-delà du phénomène commercial de la vente de chrysanthèmes, il est bien sûr légitime d'honorer ceux qui sont morts et que nous avons aimés ; et même au-delà, de faire mémoire de tout ceux qui ont concouru au développement de la vie sur Terre. C'est quelque chose de "sain" et qui, à mes yeux, ne nécessite pas de croyances religieuses particulières. D'ailleurs, les athées enterrent leurs morts avec respect, et les honorent autant que ceux qui ont des croyances.

Nul ne peut respecter la Vie s'il ne respecte pas les morts, puisque ceux-ci contribuent fondamentalement au processus du développement vital, et que chacun de nous fait partie d'une chaîne de générations sans interruption aucune depuis la nuit des temps. L'appartenance à cette chaîne infinie de vivants en Vivant, de morts en Mort, est pour moi une source de méditation et de contemplation.

C'est pour cela sans doute qu'il est nécessaire de se réconcilier avec ceux qui ont cessé de vivre, notamment s'ils sont de notre lignée. On ne sera pas bien avec soi-même tant que l'on n'aura pas réalisé cela : prendre sa place dans la chaine du Vivant. Je le vois pour moi. J'ai vécu cette réconciliation vis-à-vis de mon père, bien avant qu'il ne meurt, mais seulement partiellement vis-à-vis de ma mère. Il me reste un certain chemin à faire la concernant. Je constate que cela progresse lentement, mais j'ai retrouvé une motivation nouvelle, liée à la réalisation de mon autobiographie et de mon "essai sur le bonheur".

Le passage du Livre de l'Apocalypse lu ce jour en première lecture est extraordinaire de dynamisme et d'espérance.Aux heures de découragement,je le retrouve souvent dans ma prière... et je me plais à me joindre à ce concert de tous ceux qui ont "lavé leurs vêtements dans le sang de l'Agneau":les "cent quarante-quatre mille" et la multitude des autres...dont les miens qui n'ont fait "qu'éplucher des pommes de terre pour l'amour de Dieu"(Guy de Larigaudie)

chaque fois qu'etre né Dieu est en lui

chaque fois qu'etre meurt

il va dans la lumiere du christ et prends un chemin de paix

Poster un commentaire