Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas
A la lecture de l’échange nourri et parfois abrupt, du blog attisé par les feux du purgatoire, je repense à Aragon : « La rose et le reseda ». Ce poème me bouleverse profondément. Et j’ai eu un jour à le méditer devant un ami que l’on portait en terre, après une vie qu’il avait vécu sous ce signe de la résistance tenace au mal, dût-on y laisser sa propre vie. Au moment où moi-même je devais dire une parole croyante, après avoir entendu celle du poète, je n’avais pas de mal à laisser ses mots me bouleverser longuement, comme d’ailleurs à chaque fois que l’on voit quelqu’un s’exposer sans recours quand la vie d’autres est engagée. Ceux qui donnent leur vie pour d’autres m’ont toujours profondément impressionné.
Croire ou ne pas croire
Lire les évangiles ne me détourne pas de ce chemin, mais m’y ancre de plus en plus profondément. La foi chrétienne en effet s’attache à la personne de Jésus, et c’est le chemin du don et de la vie donnée que trace Jésus. Et le disciple est suiveur, comme sur les chemins de cime on s’encorde et on emboîte simplement le pas de qui connaît le chemin. L’évangile laisse entendre ce chant : heureux qui donne, ou pour parler encore comme le poète : heureux, qui meurt d’aimer. L’évangile est aussi la joyeuse et troublante annonce par les apôtres, que Jésus est ressuscité. Sans tout comprendre, c’est aussi sur ce cap que le disciple fixe sa boussole et sa marche.
Ceci affirmé, je pense que c’est la vie d’abord qui rend compte de ce que l’on croit, et aussi de comment l’on croit. La foi ne peut s’accommoder de violence. Je le pense profondément, et il est arrivé aussi à l’Eglise, au tournant de l’an 2000, de le redire en portant un regard réaliste et humble sur son passé.
Refuser l’idole
Je me suis aussi étonné à la lecture de plusieurs interventions sur ce blog, qui affirmaient que Dieu n’existe pas, dans la mesure où c’est une affirmation qui, pour sembler logique ou plus évidente peut-être que la foi, n’en est pas moins une prise de position délibérée relevant de la conviction, sans savoir, quels que soient les arguments – inégaux – que l’on déploie à l’appui de cette affirmation. Je respecte profondément ceux qui font profession de foi aussi bien que d’athéisme, mais on ne peut balayer la foi d’un revers, dans l’affirmation pure et simple qu’elle est une erreur. Et je ne peux admettre du tout – d’un simple point de vue intellectuel – une affirmation comme celle-ci : « Les avancées scientifiques ont prouvé que dieu était une invention ». Car les avancées scientifiques sur les textes ont appris aussi depuis longtemps à les lire autrement, tenant compte de leur écriture et de leurs genres littéraires. Il existe aujourd’hui – et depuis longtemps – une rigueur dans la lecture des textes. C’est d’ailleurs à cette condition que l’on peut éviter le fondamentalisme - brandi parfois allégrement pour contredire la foi ! -. Et pour éviter aussi l’écueil réel que souligne Alainx, lorsqu’il dit qu’ « un dieu on en fait toujours une idole un jour ou l'autre, on le brandit comme un étendard, pour rassembler des adeptes sous la bannière, et pour dominer ceux qui "ne croient pas".... ».
Non, un dieu on n’en fait pas toujours une idole. Jean-Luc Pouthier a donné des exemples qui le montrent avec clarté, de personnes qui ont marqué l’histoire de notre siècle par leur engagement délibéré, au nom de la foi et de l’homme. Mais je partage le souhait qu’Alainx exprimait à la fin de son message : « Que l'homme soit heureux chez les hommes… ».
Croire en Dieu et croire en l’homme
Oui, je reviens à Aragon, quand il parlait avec un respect immense de « Celui qui croyait au ciel, et celui qui n’y croyait pas… ». Embarqués dans le même sillage et la même Histoire, ils partageaient la même vulnérabilité. Mais beaucoup ont rendu compte ensemble de la beauté inaltérable de l’homme, et de la grandeur de sa liberté quand elle promeut l’homme.
Dans ce blog de Toussaint, je pense que c’est aussi, à mots couverts, de cela que nous parlions. D’un Dieu qui n’est pas tout à fait étranger à l’homme, et d’un homme pas tout à fait étranger à Dieu. Chacun demeurant libre de son chemin et de ses choix, dans le respect des autres.
Jacques Nieuviarts

Halloween n’est plus qu’un lointain souvenir idéologico-mercantile. La Toussaint retrouve, chez les Français, l’adhésion spontanée d’une fête touchant à l’essentiel : le souvenir de nos morts, l’interrogation sur l’au-delà, la signification de la sainteté. Pour nourrir le dialogue sur ces thèmes, pèlerin.info, croire.com et mondedelabible.com ont décidé d’ouvrir un « blog » spécial, du 25 octobre au 3 novembre. Quatre « experts » répondront, quotidiennement, aux questions des internautes et réagiront à leurs commentaires. Alors, bienvenue sur le "blog Toussaint" !
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