Blog Pèlerin - Toussaint

Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas

A la lecture de l’échange nourri et parfois abrupt, du blog attisé par les feux du purgatoire, je repense à Aragon : « La rose et le reseda ». Ce poème me bouleverse profondément. Et j’ai eu un jour à le méditer devant un ami que l’on portait en terre, après une vie qu’il avait vécu sous ce signe de la résistance tenace au mal, dût-on y laisser sa propre vie. Au moment où moi-même je devais dire une parole croyante, après avoir entendu celle du poète, je n’avais pas de mal à laisser ses mots me bouleverser longuement, comme d’ailleurs à chaque fois que l’on voit quelqu’un s’exposer sans recours quand la vie d’autres est engagée. Ceux qui donnent leur vie pour d’autres m’ont toujours profondément impressionné.

Croire ou ne pas croire
Lire les évangiles ne me détourne pas de ce chemin, mais m’y ancre de plus en plus profondément. La foi chrétienne en effet s’attache à la personne de Jésus, et c’est le chemin du don et de la vie donnée que trace Jésus. Et le disciple est suiveur, comme sur les chemins de cime on s’encorde et on emboîte simplement le pas de qui connaît le chemin. L’évangile laisse entendre ce chant : heureux qui donne, ou pour parler encore comme le poète : heureux, qui meurt d’aimer. L’évangile est aussi la joyeuse et troublante annonce par les apôtres, que Jésus est ressuscité. Sans tout comprendre, c’est aussi sur ce cap que le disciple fixe sa boussole et sa marche.
Ceci affirmé, je pense que c’est la vie d’abord qui rend compte de ce que l’on croit, et aussi de comment l’on croit. La foi ne peut s’accommoder de violence. Je le pense profondément, et il est arrivé aussi à l’Eglise, au tournant de l’an 2000, de le redire en portant un regard réaliste et humble sur son passé.

Refuser l’idole
Je me suis aussi étonné à la lecture de plusieurs interventions sur ce blog, qui affirmaient que Dieu n’existe pas, dans la mesure où c’est une affirmation qui, pour sembler logique ou plus évidente peut-être que la foi, n’en est pas moins une prise de position délibérée relevant de la conviction, sans savoir, quels que soient les arguments – inégaux – que l’on déploie à l’appui de cette affirmation. Je respecte profondément ceux qui font profession de foi aussi bien que d’athéisme, mais on ne peut balayer la foi d’un revers, dans l’affirmation pure et simple qu’elle est une erreur. Et je ne peux admettre du tout – d’un simple point de vue intellectuel – une affirmation comme celle-ci : « Les avancées scientifiques ont prouvé que dieu était une invention ». Car les avancées scientifiques sur les textes ont appris aussi depuis longtemps à les lire autrement, tenant compte de leur écriture et de leurs genres littéraires. Il existe aujourd’hui – et depuis longtemps – une rigueur dans la lecture des textes. C’est d’ailleurs à cette condition que l’on peut éviter le fondamentalisme - brandi parfois allégrement pour contredire la foi ! -. Et pour éviter aussi l’écueil réel que souligne Alainx, lorsqu’il dit qu’ « un dieu on en fait toujours une idole un jour ou l'autre, on le brandit comme un étendard, pour rassembler des adeptes sous la bannière, et pour dominer ceux qui "ne croient pas".... ».
Non, un dieu on n’en fait pas toujours une idole. Jean-Luc Pouthier a donné des exemples qui le montrent avec clarté, de personnes qui ont marqué l’histoire de notre siècle par leur engagement délibéré, au nom de la foi et de l’homme. Mais je partage le souhait qu’Alainx exprimait à la fin de son message : « Que l'homme soit heureux chez les hommes… ».

Croire en Dieu et croire en l’homme
Oui, je reviens à Aragon, quand il parlait avec un respect immense de « Celui qui croyait au ciel, et celui qui n’y croyait pas… ». Embarqués dans le même sillage et la même Histoire, ils partageaient la même vulnérabilité. Mais beaucoup ont rendu compte ensemble de la beauté inaltérable de l’homme, et de la grandeur de sa liberté quand elle promeut l’homme.
Dans ce blog de Toussaint, je pense que c’est aussi, à mots couverts, de cela que nous parlions. D’un Dieu qui n’est pas tout à fait étranger à l’homme, et d’un homme pas tout à fait étranger à Dieu. Chacun demeurant libre de son chemin et de ses choix, dans le respect des autres.
Jacques Nieuviarts


Souffrons-nous au Purgatoire ?

Découvrez la réponse du père Jean-Michel Maldamé aux interrogations des internautes sur ce qui se passe après la mort.

Pour répondre à la question, il faut préciser le sens des termes de la question : souffrir et purgatoire.
La souffrance ne doit pas être confondue avec le mal, même si l'on dit communément avoir mal quand on souffre.
Le mal est la destruction d'un être ; il est la privation de ce qui devrait être : la vue pour un homme, la locomotion pour un paralysé...
La souff'rance est la connaissance du mal qui affecte un être vivant. La souffrance remplit une fonction vitale utile et bonne : car ne pas sentir ce qui détruit c'est aggraver la situation. La souffrance peut être atteinte par un mal, quand il a y une disproportion entre la réalité et la douleur - en ce sens il faut combattre la souffrance et la réduire.
Ceci permet de comprendre ce qu'il en est de la souffrance du Purgatoire. Ce terme désigne dans la tradition catholique une étape du passage à la vie éternelle. Le défunt qui va vers Dieu est purifié (c'est la racine du mot purgatoire qui est de la famille des mots purifier, purification, purge...). C'est une libération. Mais comme il doit enlever de son être ce qui le déforme et le brime, il souffre, d'une souffrance qui est signe qu'il est purifié. On peut comparer cette souffrance à celle de celui qui après
une immobilisation fait de la rééducation : il gagne la possibilité du mouvement, mais il ne le fait pas sans peine. Ou encore, cette image chère aux Orthodoxes, en allant vers la lumière de Dieu, celle-ci est si forte et si vive qu'il faut un certain temps pour que la vue s'accoutume, comme lorsque nous passons de l'ombre à la très vive lumière du soleil d'été.
Ainsi la souffrance du purgatoire n'est pas un tourment vindicatif, mais la vie de celui qui grandit dans sa capacité de voir Dieu en se libérant des blocages dus au péché.

Jean-Michel Maldamé, op
pour http://www.croire.com

La mort, une longue et vieille histoire

La vision chrétienne de l’au-delà a beaucoup changé tout au long de l’histoire. Jacques Chiffoleau, directeur d’études en histoire médiévale à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et spécialiste des représentations de la mort, explique les raisons de cette évolution.

Jean-Luc Pouthier : La vision chrétienne de l’au-delà s’est développée dans des sociétés juves, grecques et romaines, qui avaient leurs propres représentations du séjour des morts. Comment s’est-elle imposée ?

Jacques Chiffoleau : La nouveauté absolue du christianismes , c’est l’annonce de la résurrection des corps, à la fin des Temps. Dans l’Eglise primitive, l’essentiel, c’est l’attente et la proximité de ces derniers jours. Ce qui survient tout de suite après la mort n’est pas très important et ne fait pas l’objet de spéculation théologiques particulières, par exemple chez saint Augustin. La destination immédiate des morts est assez floue, comme elle l’était d’ailleurs dans les enfers des Grecs et des Romains, ou dans le Schéol des Hébreux.
Pour saint Augustin, ce qui compte le plus n’est pas de rejoindre ses ancêtres dans la tombe ou dans l’au-delà, mais bien Dieu lors de la résurrection générale. D’où l’absence d’intérêt pour les rituels et les pratiques funéraires.

Pourtant, de telles pratiques existaient …

C’est bien le paradoxe. En dépit de cet apparent mépris, le culte des morts s’est développé, laissant supposer qu’il existait une vie après la mort. L’étude de certaines pratiques, par exemple l’enterrement auprès du corps des saints, permet de penser que l’on croyait en l’efficacité de ce corps du saint pour être protégé au moment du passage dans l’au-delà et pour se trouver ainsi plus proche de Dieu.
A l’époque du Haut Moyen Age (VII-VIIIe siècles après Jésus-Christ), cette attitude religieuse rencontre des croyances populaires selon lesquelles les morts restent, pendant au moins un certain temps, tout près des vivants. Les morts viennent déranger les vivants parce qu’ils ne sont pas bien, parce qu’ils ne rejoignent pas tout de suite Dieu. Des échanges ont lieu constamment entre les vivants et ces revenants. L’idée se développe alors que la Communion des saints peut aider les morts à gagner la paix et la vision directe de Dieu. Au fond, trois sortes d’au-delà se distinguent :
- un au-delà proche, où les morts sont encore pendant un certain temps près des vivants, tout près même.
- un au-delà plus lointain, positif : c’est celui où la contemplation directe de Dieu est possible lorsque l’on est purgé de ses fautes. Avant la résurrection des corps au dernier jour, seule l’âme peut contempler Dieu. Après, la contemplation est le fait de l’âme et du corps, dans leur plénitude.
- un au-delà lointain, négatif : c’est celui du « dam », de la privation de la vue de Dieu, qui donnera le mot damnation. Les lieux infernaux sont plutôt imaginés à partir des récits de voyage au pays des morts, en songe, qui se répandent alors et où les descriptions des peines sont toujours très pittoresques. Le folklore joue aussi un rôle important en la matière. Les descriptions des voyages au pays des morts se transforment en description de l’enfer chrétien. Et les théologiens systématisent tout cela.

Et le purgatoire ?

Comme lieu et comme temps de l’au-delà, il apparaît plus tard, à la fin du XIIe siècle. Avant, il existe bien l’idée que l’on doit se purger avant d’arriver à Dieu, mais cela ne va guère plus loin. Tout l’art des moines, à Cluny par exemple - où l’on invente la fête des défunts, le 2 novembre - est de se proposer comme des médiateurs par la prière entre les vivants et les morts. Ce faisant, les clercs et les prêtres, désormais intermédiaires obligatoires entre ici-bas et au-delà, s’interposent entre les deux mondes. D’une certaine façon, le purgatoire, qui est de plus en plus présent dans la pastorale à partir du XIIIe siècle, c’est l’espoir, comme l’a bien montré Jacques Le Goff. Mais c’est aussi un temps et un lieu intermédiaires qui éloignent un peu plus les hommes des deux au-delà plus lointains que sont l’enfer et le paradis. A moment où le purgatoire joue un rôle de plus en plus important, apparaît aussi, comme l’a montré le père de Lubac, le mot « surnaturel », qui indique bien une séparation plu forte entre les deux mondes. L’au-delà est désormais presque entièrement du côté du surnaturel, alors qu’il était auparavant dans la proximité même du monde : il y avait des bouches d’enfer et des revenants, des démons et des saints, dont on touchait les reliques et qui intervenaient sans cesse dans la vie quotidienne.
Il existait pourtant des moyens d’abréger, de « négocier » son séjour dans l’au-delà ?

Entre le XIVe et le XVIIe siècles, la multiplication des messes pour les morts, ou l’achat des indulgences, sont certes des moyens d’abréger le temps de passage au purgatoire, mais ce sont aussi les signes d’un éloignement du paradis et de l’enfer.
Les réactions des réformés, comme Luther et Calvin, pour qui seule la foi sauve, sont une façon de refuser cet éloignement, mais en définitive ils manifestent tout autant, et peut-être même plus, la coupure entre ici-bas et au-delà. En ce sens, le monde se désenchante un peu. L’au-delà est situé ailleurs, au moment même où s’observe une certaine laïcisation de la société. Cela n’empêche pas Luther de jeter un encrier à la tête du diable et les luthériens, comme les catholiques , de faire la chasse aux sorcières, ce qui montre bien qu’il est encore difficile d’imaginer que l’on ne puisse plus avoir de contacts avec le monde des morts, avec les anges et les démons, avec l’au-delà.
Du point de vue de l’Eglise, ce qui est fixé au XIIIe siècle évolue peu. L’analyse des pratiques dans la longue durée montre que, plus on prie pour les morts, plus on pense pouvoir intervenir sur l’au-delà, plus on souligne la séparation entre ces deux mondes des vivants et des morts.

Propos recueillis par Jean-Luc Pouthier

Heureux êtes-vous...

Demain, mercredi, des millions de catholiques en France vont célébrer les fêtes de la Toussaint. Ils entendront, une nouvelle fois, durant la messe, la lecture de l'un des plus beaux textes des Evangiles : le texte des Béatitudes. Le voici, pour ceux qui ne le connaîtraient pas :

"Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s'assit et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : "Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux." (Mt.5, 1-12).

Ce n'est pas un hasard si l'Eglise a placé ce texte pour la fête des "saints". Il est presque un programme de sainteté. Pour tous, croyants ou non. Il n'y est pas écrit (les catholiques me pardonneront la liberté du propos) : heureux ceux qui sont allés à la messe, heureux ceux qui ont écouté les conseils de leurcuré, heureux ceux qui ont donné à la quète ! Avec le texte de Mt.25 sur le jugement dernier (que je vous laisse découvrir de votre côté) c'est l'un des passages les plus bouleversants des Ecritures !

A plus

René Poujol

Le blog Toussaint dans les médias

Depuis l'ouverture de ce blog, vous avez été très nombreux à le visiter: plus de 2045 très exactement! Certes, vous n'avez pas tous laissé de messages, mais vous avez lu les contributions avec soin. Vos posts sont d'une grande tenue, merci d'y exprimer ce à quoi vous croyez, avec simplicité. La presse a parlé de notre initiative. Europe1 cematin dans la chronique de Catherine Nivez:
http://www.europe1.fr/antenne/chroniques/2203/revue-de-blogs---catherine-nivez.html#
On nous retrouve aussi sur Point Blog:
http://www.pointblog.com/past/2006/10/26/toussaint_un_blog_sur_la_mort_avec_le_groupe_bayard.htm
Continuez donc à déposer vos messages, à réagir aux uns et aux autres. Au passage, j'aimerais moi-même réagir aux propos de Salomon, qui dit que Jésus seul peut nous "servir d''avocat auprès du Père" Il a raison, en un sens. Celui qui nous montre le Père, c'est bien Jésus. Le seul que nous devons imiter, c'est bien lui. Et chacun de nous est appelé à la sainteté, en effet. Ceux qui nous précèdent nous y aident. Et c'est cela que nous devons leur demander. C'est là qu'ils peuvent "intercéder" pour nous.
Sophie de Villeneuve

Les vivants et les morts

Hier se déroualit à Radio France un colloque sur le deuil, organisé à l'intiative de la chaine de radio du service public et de l'institution de retraite Audiens en partenariat avec Pèlerin. J'y concluais les travaux. Une réflexion s'imposait à moi, en fin de journée : l'importance à accorder - ou non - aux "derniers voeux" exprimés par les défunts, avant leur mort. Le débat s'est cristallisé, à l'issue du colloque, sur la crémation et la dispersion des cendres. la crémation est perçue par certaines personnes comme plus digne que l'ensevelissement que suit un lent pourrissement... Pour d'autres, à l'inverse, la violence faite au corps par les flammes est indigne de la nature humaine. C'esty le cas des musulmans et des Juifs, ces derniers ajoutant à ce refus les images d'horreur des camps d'extermination nazis. Plus grande violence encore : la dispersion des cendres qui, parfois, supprime tout lieu où "retrouver le mort" et rend plus difficile le travail de deuil. Hier, à la fin du colloque, une jeune femme me disait, les yeux embués, que son compagnon, mort en septembre dernier, avait été incinéré à la demande de sa famille et ses cendres dispersées. Elle se trouvait en total désarroi... Quelques instants plus tard Marie Stella Boussemart, dignitaire religieuse bouddhiste me confiait avoir conseillé à une jeune bouddhiste de ses amies, condamnée par un cancer, de ne pas se faire incinérer par respect pour son mari, de confession Juive. Le message est-il mal passé ? Le mari a cru bon de choisir la crématioon et, depuis, porte cet acte comme une sorte de crime inexpiable. D'où ma question - pour laquelle je n'ai pas de réponse - faut-il, dans tous les cas, suivre les dernières volontés du mort ? Pour d'autres ce sera le "don du corps à la médecine" dont on sait qu'il suppose la non restitution du corps à la famille. N'y a-t-il pas, ici, un appel à "tous les vivants" : quelles que soient vos convictions profondes, ne devez-vous pas - ne devons-nous pas - au travers de nos dernières volontés, compliquer encore la plus la vie de ceux que nous aimons et qui nous survivront ?

Qu'importe le lieu, pourvu qu'il y ait l'amour

L’homme est impressionnant lorsqu’il parle de la mort. Et il en parle parce qu’il pense ce qui est ainsi en face de lui et qui touche sa vie, par les limites qu’il sent en lui, et aussi par les autres, ses proches, qui parfois ont passé ce seuil, ou en sont proches. Denise le dit avec émotion lorsqu’elle évoque sa tante et son propre père. Et lorsque l’on pense à ce passage et à cet au-delà, on pense en termes d’interrogations, ou bien de foi. La foi est parti-pris, de confiance, de détermination, de chemin. Elle est le choix de faire confiance contre toute certitude – la certitude n’est pas la foi –. La foi, c’est le choix d’avancer avec confiance, comme on marche parfois dans le noir ou le doute. La foi est proche du doute. Elle en est le verso, ou bien le recto.
Et c’est ainsi que nous parlons de la mort et de l’au-delà. C’est-à-dire aussi de l’au-delà de notre pensée, de notre connaissance… mais peut-être pas entièrement de notre expérience. Et nous sommes ainsi faits que notre pensée est toujours au-delà, plus grande, plus large que nous-mêmes. Peut-être parce que nous sommes nés au large et créés pour le large…

Dans toutes les civilisations

Et ce n’est pas un hasard si les différentes civilisations ont eu, comme le rappelle Denise dans plusieurs de ses messages, des représentations très diverses de la mort et du séjour des morts. Le « shéol », évoqué au passage, est la façon dont la Bible en parle. Un séjour de silence, plus impressionnant ou accablant que tout. Et l’homme de la Bible marchande avec Dieu la beauté de sa louange, qui lui vaudrait bien de rester à chanter Dieu parmi les vivants plutôt que de connaître ce vide.
Les chrétiens, inspirés des Ecritures juives, évoquent aussi la Géhenne de feu, cette vallée de Jérusalem connue pour ses travaux un peu puants de tannerie et de feu. Elle donne des images fortes, dans les évangiles, pour évoquer ce que d’autres mots ont appelé l’enfer. Le purgatoire est entre deux. Un lieu du passage tourné vers la lumière. Mais comment l’imaginer ? Le Moyen-Age n’a pas lésiné sur les représentations toutes plus dissuasives les unes que les autres. Ainsi parle l’homme quand il aperçoit la grandeur de Dieu et sa petitesse ou son indignité à le rejoindre : « Je ne sais pas comment ce sera, après la mort, et même Jésus ne l'a pas dit », écrit Denise. Et c’est bien vrai.

Funambules et pèlerins

Nous marchons comme des funambules, ou peut-être plutôt comme des pèlerins, qui connaissent le chemin et le pressentent, mais ne connaissent pas le terme, sûrs seulement d’y être émerveillés. Et ils se trompent peu, car la force de leur désir les prépare à goûter avec force à ce terme.
Violette goûte à ce chemin, quand elle fleurit la tombe de son enfant et « ne manque jamais de fleurir celle du petit voisin dont personne ne s'occupe, car la famille est repartie en Turquie. La Communion des Saints réunit le cœur des deux enfants au mien qui leur parle et demande leur aide, dit-elle. Ils sont " grands" auprès de Dieu ». On devrait se taire après ces mots, car tout est dit de ce que l’on pressent effectivement si fort dans des gestes de femmes et d’hommes, dans des cœurs de femmes et d’hommes attelés au vrai, à la vie et à aimer.

Accomplir le cycle

En attendant, pour marcher, il faut comme l’évoque Denise, « accomplir le cycle d'une vie, de la naissance à la mort, cycle auquel je n'ai jamais pensé avant, et ensuite se fond dans Celui qui est l'alpha et l'oméga ». Et aussi affronter la rudesse du chemin, qu’elle évoque aussi, et qui est… de ce côté-ci de l’homme.
Mamie demande si « d'autres personnes communiquent comme [elle] avec des parents ». Pour elle, en entendant le frôlement des vêtements, c’est le passage ou la présence de l’ange gardien qu’elle pressent. Je ne sais si les morts se manifestent ainsi. Ce que je sais est que le désir en nous est si fort que nous sommes capables de décoder des temps et des signes légers, qui pour nous parlent. C’est peut-être cela aussi la communion des saints dans une vie quotidienne simple mais ouverte aux signes.
Nine et Gilles disent des choses bien proches quand ils évoquent en autres termes ce que saint Jean dit dans une phrase lumineuse de sa première épître : « celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu… » (1 Jn 4, 7). Oui, Denise a raison : « qu'importe le lieu, pourvu qu'il y ait l'amour » !
Jacques Nieuviarts


La clé pour moins souffrir

J’ai été touché par le message de Ghérardi, qui dit ses angoisses, la nuit. Sophie de Villeneuve ouvre la clé des Psaumes, une prière bi ou tri-millénaire, qui ouvre des sentiers multiples, aux jours de la joie et aux jours d’épreuve, au détour des nuits d’angoisses aussi. Nous ne sommes pas les premiers en chemin à nous poser les questions fortes, de la vie et de la mort, avec leur poids d’allégresse parfois et leur poids de gravité souvent. Les Psaumes interrogent le ciel, parlent à Dieu. Comme tant d’autres textes de la Bible. Comme la finale des évangiles, qui dit des témoignages de femmes et d’hommes bouleversés par la résurrection de Jésus, dont ils parlent sans entièrement la comprendre. Mais elle a touché leur vie et bouleversé leurs façons de voir, de comprendre, d’aimer.
Me revient à l’esprit ce mot : « on reconnaît la grandeur d’une civilisation à son culte des morts ». Je le crois de plus en plus. Je crois de plus en plus aussi que quand la mort est gommée, ou doucement éloignée, policée, comme elle l’est souvent dans nos villes, sans cérémonial social visible, on laisse souvent sommeiller la douleur dans les cœurs. Et cette douleur, non résorbée, se réveille chroniquement.
Alors, Denise a vécu Halloween. Et c’est vrai, pourquoi pas un peu d’insouciance ? Mais pour ma part j’ai une réticence. Nous ne sommes pas chez les Celtes, et je ne voudrais pas brouiller les pistes. Parce que beaucoup de gens gardent au cœur les questions, ou éventuellement les angoisses évoquées par Ghérardi. Je préfèrerais retrouver les chemins des cimetières joyeux et fleuris de la Bretagne natale de Claire, à la Toussaint. Trouver des gestes et des mots d’amour qui ne me donnent pas l’impression de fuir la question, mais me donnent quelques clés pour vivre et espérer.
J’aimerais en fait, que la Toussaint, fête de joie très profonde, ne soit pas absorbée par le jour des morts, le lendemain. Ou alors, qu’elle transforme ce jour-là. Justement, qu’elle en donne la clé !

Jacques Nieuviarts


L'origine de la Toussaint

L'origine de la Toussaint doit être recherchée en Orient, où une fête de l' ensemble des martyrs chrétiens apparaît au IVè siècle. Cette commémoration a lieu alors à des dates variables, mais plutôt proches de Pâques, donc au printemps. En Occident, la fête de tous les martyrs n'est attestée qu'à partir du VIIè siècle, à Rome. Au VIIIè siècle, en Angleterre, une fête de tous les saints, et pas des seuls martyrs, commence à être célébrée le 1er novembre. En 833, l'empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne, la prescrit dans l'ensemble de l'Empire d'Occident. Comme pour un certain nombre de fêtes chrétiennes, il s'agit de concurrencer des festivités païennes, en l'occurrence celles du souvenir des ancêtres, qui donnaient lieu à des festins et des rites un peu licencieux. Au Xè siècle, l'ensemble de l'Eglise de Rome adoptera la fête de tous les saints, à la date du 1er novembre, tout en conservant une sorte de préséance pour les martyrs. La Toussaint devient une des grandes fêtes de l'année, avec jeûne préparatoire et vigile.
Quant au 2 novembre, l'idée de faire mémoire des défunts de l'Eglise à cette date apparaît dans les monastères clunisiens aux IXè/Xè siècles. Vu l'importance des monastères de Cluny à l’époque, la commémoration du 2 novembre est très vite adoptée partout en Occident. Une tradition, dont la trace subsiste dans le nouveau missel de 1969 (puisque trois formulaires de messe y sont prévus à cette date) ira jusqu'à faire célébrer trois messes pour les défunts ce même jour.
Restent les chrysanthèmes... Cette fleur symbole du Japon, l'Empire du Soleil Levant, est liée au soleil et à la lumière. D'où peut-être (ce n'est qu'une supputation) sa présence lors de journées où l'accent est mis sur la résurrection. Plus prosaïquement, les chrysanthèmes les plus beaux fleurissent à cette saison où les fleurs se font rares et sont donc prêts à être déposés à la fois comme hommage et comme décoration sur la tombe des défunts.

Jean-Luc Pouthier

Lire "Les fêtes chrétiennes en Occident", de Philippe Rouillard, éd. du Cerf, 2003.

Revenons à l'essentiel

Halloween n’est plus qu’un lointain souvenir idéologico-mercantile. La Toussaint retrouve, chez les Français, l’adhésion spontanée d’une fête touchant à l’essentiel : le souvenir de nos morts, l’interrogation sur l’au-delà, la signification de la sainteté. Pour nourrir le dialogue sur ces thèmes, pèlerin.info, croire.com et mondedelabible.com ont décidé d’ouvrir un « blog » spécial, du 25 octobre au 3 novembre. Quatre « experts » répondront, quotidiennement, aux questions des internautes et réagiront à leurs commentaires. Alors, bienvenue sur le "blog Toussaint" !

René Poujol