Le blog de Benoît de Sagazan

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Quel avenir pour le domaine de Fleyriat, dans l’Ain ?

Les époux le Bihan et leur frère et beau-frère Pascal Gomard, propriétaires du château de Fleyriat, à Viriat (Ain), sont-ils au bout de leur peine ?
Le 5 mars, ils devraient être définitivement, et positivement – souhaitons-le – fixé sur l’avenir de leur propriété, gravement menacée par la construction, reconnue « illégale », de la rocade de contournement au nord de la ville de Bourg-en-Bresse. Une nouvelle voie mise en circulation depuis deux ans malgré une procédure jugée « illégale ».

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La destruction d’un patrimoine historique et naturel

Après sept ans de procédure, ils ont remporté une première reconnaissance de leur bon droit, le 28 décembre dernier. En effet, la 1ère chambre de la Cour administrative d’appel de Lyon annulait la déclaration d’utilité publique concernant la rocade Nord, construite en partie sur le domaine du château, l’expropriant pour cela d’une zone « patrimoniale et paysagère » sensible. Les nuisances et destructions occasionnées par le chantier de cette nouvelle voie de communication sont effectivement conséquentes.
Les propriétaires demandent notamment que soit remis en état leur réseau d’eau élaboré au 16ème siècle et qui a été tout simplement détourné pour les besoins des travaux.
Ils demandent également la construction d’un mur anti-bruit pour préserver la tranquillité des lieux, et le refuge ornithologique qu’abritait le domaine avec le soutien de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO).
Ils réclament également l’interdiction à la circulation du « chemin du Champ Têtu » qui longe la propriété. Cet ancien chemin bucolique est actuellement emprunté par plus de 1500 véhicules par jour pour accéder à la rocade. Cette circulation abusive a sérieusement endommagé le mur d’enceinte, construit en pisé, et les dépendances dont les murs sont lézardés.

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Un avenir après le 5 mars ?

En déclarant la nullité de la procédure d’utilité publique engagée à la hâte par le conseil général de l’Ain et imprudemment validée par la préfecture, le jugement de la Cour administrative d’appel ouvre le droit aux propriétaires spoliés à une demande destruction de l’ouvrage public, comme l’autorise dorénavant une jurisprudence établie par la cour de Cassation en 2003. Or, dans un esprit de conciliation, les propriétaires ne le réclament pas sous couvert d’une satisfaction de leurs réclamations. Une réponse du Conseil général qu’ils attendent justement le 5 mars. Avec un espoir plus grand qu’auparavant car le conseil général a changé de tête depuis 2003, et personne n’ose songer que son président actuel, Charles de La Verpillère, puisse poursuivre dans les mêmes erreurs que son prédécesseur.

Les enseignements majeurs de la déclaration de nullité

Pour Jean-Yves le Bihan, la décision de la Cour administrative d’appel « démontre qu’il n’existe pas « d’utilité publique » dans la destruction d’un site historique et paysager de qualité. » Déplorant le manque de concertation, d’humanisme dont a fait preuve le conseil général de l’Ain jusque là, le propriétaire du château de Fleyriat salue la décision courageuse des magistrats qui, pour lui, résonne comme « une reconnaissance d’un combat de plus de sept ans, motivé pour la préservation de notre patrimoine commun, dont nous sommes les conservateurs, ainsi que de la qualité des riverains. » Et d’ajouter, comme une morale à tout cela : « Tous ceux qui croient aux valeurs de mémoire du patrimoine trouveront là leur récompense. Notre dossier peut redonner espoir à ceux qui, face aux grands travaux, se sentent désarmés ».

Une pétition de 370 signataires

La famille le Bihan-Gomard n’a pas été seule dans son bras de fer avec les pouvoirs publics. 370 signataires dont de nombreuses personnalités n’avaient pas hésité la soutenir en 2003, dont les présidents de toutes les grandes associations de sauvegarde du patrimoine, parmi lesquelles ont peut citer la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF), La Sauvegarde de l’Art Français, la Demeure Historique, les Vieilles Maisons Françaises, Maisons paysannes de France, la Fédération des associations du patrimoine (FNASSEM), le Souvenir napoléonien, La LPO, La Ligue Urbaine et Rurale, l’Association des journalistes du patrimoine…

Pourquoi fallait-il sauver le domaine historique de Fleyriat

Le Domaine de Fleyriat a plus d’un atout dans sa manche. Il présente d’abord un intérêt historique certain dont la première heure de gloire remonte au 18ème siècle. C’est là que le philosophe des Lumières Philibert de Bohan fonda une « ferme modèle » où il expérimenta ses innovations arboricoles. Cette ferme est toujours en activité et utilise un système d’irrigation unique qui fonctionne à partir du barrage de Majornas dont la propriété possède le droit d’eau depuis 1532. Ses descendants firent construire en 1867 le château que nous connaissons aujourd’hui.
Au 19ème siècle, le domaine fut transmis au colonel Louis Vabre. Ce militaire de premier plan, dont l’un des faits d’armes fut d’être gouverneur militaire à l’Hôtel de Ville de Paris alors qu’éclatait la Commune insurrectionnelle, a reçu de nombreuses personnalités à Fleyriat : le général Trochu, le président Mac Mahon, l’académicien F. Humbert, le savant Jabloskoff…
L’intérêt du domaine est également architectural, à commencer par le hameau du 18ème siècle composé de la demeure des Bohan, des écuries sellerie, d’une Orangerie et autres bâtiments à vocation agricole. le Château ensuite, édifié en 1867 par l’architecte Edouard Corroyer, disciple illustre de Viollet-le-Duc, dont Fleyriat constitue l’une des œuvres majeures.
Enfin il ne faudrait pas sous-estimer les qualités naturelles du site : Un paysage dessiné par des savants et des philosophes, irrigué par un réseau unique, et un biotope suffisamment riche pour accueillir une trentaine d’espèce d’oiseaux protégés, la chauve-souris nyctalus noctula, une faune mammifère allant de l’écureuil au chevreuil, sans oublier une riche faune aquatique…