L'abbé Pierre, quand il est mort le prophète !
L'Abbé Pierre nous a quittés, au petit matin, ce lundi 22 janvier. Et l'on imagine que, dans le secret de son âme, sa dernière pensée a du être : «enfin». Voilà si longtemps que l'enfant chétif devenu un vieillard de quatre-vingt quatorze ans, aspirait à ces grandes vacances. Quelles qu'aient pu être les faiblesses de l'homme, on peut penser que la tendresse de Dieu ne lui fera pas défaut. Ni les prières de toutes celles et ceux qui voyaient en lui «l'honneur de l'Eglise» dans ce service des plus pauvres.
La France, elle, a perdu un grand homme. Celui qu'avec constance les sondages placèrent longtemps en tête des personnalités préférées des Français. Parce qu'il savait avoir les mots justes, fussent-ils violents, pour dénoncer l'indifférence des nantis au sort des plus faibles. Violence de l'amour qui ne condamne personne mais appelle chacun à la conversion du coeur, au refus de l'indifférence et au partage. Il est un service qu'aucun autre Français, peut-être, n'aura rendu à ce point, à son pays : celui de réconcilier autour d'un même combat ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas. Ce qui explique qu'aujourd'hui il soit pleuré, bien au-delà des frontières de son Eglise. «Le partage de l'humanité, avait-il coutume de dire, ne s'établit pas entre les croyants et les non croyants, mais entre les idolâtres de soi et les communiants.»
Peut-on imaginer parole plus en résonnance avec le texte de Saint Matthieu sur le jugement dernier* ? «J'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, j'étais nu et vous m'avez habillé...» Des paroles qui, ne le cachons pas, peuvent parfois diviser, comme Jésus lui-même l'avait pressenti. Et l'Abbé Pierre n'a pas échappé aux accusations de «faire de la politique» qui tombent toujours sur ceux qui posent ouvertement la question des injustices et de leur cause. Mais nul ne lui contestera d'avoir toujours vécu, par delà les honneurs qui ont marqué la fin de sa vie, dans la plus extrême simplicité. Au cours des jours prochains la France va lui rendre hommage, comme à l'un des meilleurs d'entre les siens. Goutons à sa juste valeur ce moment d'unanimité nationale. Et déjà, posons-nous la question : comment, après lui, nous tenir éveillés, pour que jamais nous n'acceptions de nous résigner à la souffrance des autres.
* Evangile selon Saint Matthieu, chapitre 25, 31-46.
Accéder au site

Les commentaires récents